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Bettane & Desseauve
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Michel Bettane

Michel BettaneMon premier métier fut l’enseignement : professeur agrégé de lettres classiques j’ai exercé cette profession de 1975 à 1991. Passionné par le vin depuis ma jeunesse j’ai eu la bonne idée de m’inscrire aux cours de dégustation de l’Académie du Vin à Paris en 1977. Cette école créée quelques années auparavant par le marchand de vin anglais Steven Spurrier et son ami américain John Winroth fut un des noyaux les plus influents de la propagation de la connaissance du vin en Europe. Non seulement il était possible d’y déguster les meilleurs produits français et étrangers mais on y rencontrait les producteurs eux-mêmes qui étaient heureux d’exposer leurs méthodes de travail et de partager avec le public leur idée du vin. La forte personnalité du suisse Michel Dovaz, professeur de dégustation à l’Académie, esprit libre et d’une vaste culture s’accordait parfaitement avec mon propre tempérament. Je lui dois d’avoir immédiatement évité toutes les approximations et les hypocrisies qui marquaient alors la façon de parler du vin en France à cette époque et que je vois hélas revenir à grands pas à la faveur de la crise actuelle. Une série de hasards me met en contact au début des années 1980 avec les nouveaux propriétaires de la Revue du Vin de France, qu’ils avaient achetée en piteux état. Ses lecteurs étaient de moins en moins nombreux et sa crédibilité pratiquement nulle car les auteurs des textes étaient les ingénieurs agronomes de l’I.N.A.O à la pire époque du développement à tout crin des appellations d’origine dont la viticulture française souffre tant aujourd’hui. La petite équipe réunie par Chantal Lecouty autour de Michel Dovaz et de moi même parvient en quelques années par sa liberté de ton et la force de ses convictions à redonner vie à la revue et lui faire retrouver la confiance du public. L’arrivée de Thierry Desseauve comme rédacteur en chef en 1989 permet de moderniser avec succès la forme et le contenu de la Revue. Notre entente depuis lors est totale et la création du guide le Classement des meilleurs vins et domaines de France que nous signons tous les deux depuis 1996 nous oblige à être en contact régulier avec la production de plus de mille producteurs et d’approfondir comme sans doute personne ne l’avait fait avant nous la connaissance des terroirs français. Par goût personnel je voyage également beaucoup et je réponds volontiers aux nombreuses invitations officielles des pays étrangers car je tiens à déguster régulièrement le meilleur de leur production pour comprendre l’évolution des marchés et du goût et en tenir informé le public comme les producteurs français.

A l’occasion de la vente de la Revue du Vin de France au groupe Marie-Claire je décide pourtant, en commun accord avec Thierry Desseauve, de quitter la revue. Je suis convaincu qu’il n’était plus possible dans le monde du vin tel qu’il est devenu d’informer le public comme je le souhaitais et de défendre avec la même efficacité le meilleur de la production française et étrangère. J’ai eu en effet la grande chance d’apprendre le vin, son élaboration et sa dégustation avec les meilleurs professionnels de la planète dont un grand nombre sont mes collègues au sein de l’Académie internationale du vin à Genève. Je leur dois et je me dois de continuer leur œuvre et leur enseignement, en tentant le plus possible de s’affranchir des contraintes formelles. Je suis persuadé que ma liberté de pensée et d’action, si nécessaire à mon activité de critique et d’informateur convient davantage à de nouveaux moyens de communication comme internet, plus souples, plus rapides et plus interactifs.

Thierry Desseauve

Thierry Desseauve Aussi longtemps que je m’en souvienne, de mes premiers fanzines de collège dont on multipliait les exemplaires à l’aide du papier carbone, j’ai toujours voulu faire ce métier. Je l’ai découvert à vingt ans, tandis que je suivais (paresseusement) des études d’économie à la fac. Parallèlement, le pillage méthodique de la cave de mon père, médecin et oenophile distingué, m’initiait au bonheur du vin sans que j’imagine un seul instant pouvoir lier un jour ces deux passions. Les études terminées, j’appris sérieusement mon métier en oeuvrant tout azimut pour l’Evènement du Jeudi, Signature, Cuisine et vins de France et pas mal d’autres  journaux au milieu des années quatre-vingt.

C’est le hasard des articles et la rencontre, à Cuisine et vins de France précisément, avec trois jeunes sommeliers de talent, Didier Bureau, Hervé Bizeul et Philippe Faure-Brac, qui me mit le pied à l’étrier. Je me souviens encore, suivant Didier Bureau dans ses périples bourguignons, d’avoir découvert avec étonnement à quel point telle ou telle décision apparemment mineure du vigneron, dans les vignes ou dans les chais, pouvait avoir des conséquences énormes sur le goût et le style du vin. Je me souviens aussi d’avoir été saisi par l’incroyable force des lieux et des hommes du vin lors d’une arrivée, par une fin d’après midi d’automne, dans un Yquem à l’atmosphère irréelle, pesante et sans âge.

J’ai compris alors que le vin était pour un journaliste un « matériau » d’une extraordinaire richesse et d’une complexité sans limite. Les hommes, leur histoire et leurs histoires, la géographie des lieux et les mille et une facettes du terroir, les cépages, les techniques viti-vinicoles, les conditions économiques, le potentiel des différents marchés, les modes et les gourous, tout cela et cent autres causes contribuent à façonner un vin. Face à cette multiplicité d’effets, il me fallait une grille d’analyse qui soit en phase avec ce que je ressentais lorsque je dégustais un vin. C’est précisément ce que m’apportèrent d’abord Didier, puis Michel Bettane : une éthique du grand vin, fondée sur sa capacité à traduire avec la plus évidente force le génie d’un terroir et la permanence d’un style. Cette éthique est là seule idéologie du vin que nous nous reconnaissons. Qu’importe que le producteur soit petit vigneron ou capitaine d’industrie, qu’il ait suivi à la lettre les préceptes d’une école de pensée où qu’il soit libre-penseur, seul le vin compte.

La suite de mon histoire professionnelle se confond avec celle de Michel Bettane. Je ne rajouterais donc rien qui n’ait été dit plus haut. Je reviens simplement à mes rêves de journaliste pour savourer, avec modestie mais gourmandise, la liberté et les initiatives que permet l’internet.

Notre vision du Vin

Notre vision du Vin L’univers du vin possède la même complexité que celui de toutes les autres productions humaines et plus on avance dans la connaissance du produit et plus on s’aperçoit qu’il y a encore des choses à connaître ! Et pourtant rien ne semble plus simple et plus naturel que le plaisir qu’une bonne bouteille offre à celui qui la boit. A condition bien sûr qu’il sache l’apprécier et c’est bien là que commencent toutes les complications ! En fait, le vin, comme tout ce qui a trait à la gastronomie, se trouve à l’exacte intersection entre le don d’une nature capricieuse et infiniment diverse et le savoir faire humain dans toute sa sophistication. Si l’on ajoute les hasards de la vie (le vin est issu de l’activité vivante du ferment), on comprendra alors l’infinité des combinaisons possibles qui font l’individualité de chaque cru, de chaque millésime, de chaque producteur et donc de chaque bouteille ou presque. C’est bien pour cela que celui qui connaît un peu le vin s’amuse à l’effroi de tous ceux qui ont peur de son uniformisation par les techniques ou par le commerce ! Avant que les vins soient uniformes les poules auront des dents et sans doute pour les mêmes raisons, par manipulation génétique. Mais nous en sommes encore loin !
En revanche, le n’importe quoi est tout aussi dangereux que l’uniformité et plus en rapport avec la faiblesse humaine, aussi bien au niveau de la production que du jugement. C’est pourquoi une mise en ordre dans ces deux domaines est plus que nécessaire : elle est salutaire ! Les critères à partir desquels nous portons un jugement de valeur sur la qualité d’un vin, nous les devons naturellement à l’enseignement des vignerons et des œnologues qui nous ont appris à déguster le vin. Ils nous ont aidés à affiner la perception de notre goût en liaison avec ce que nous pouvons savoir des conditions naturelles de sa production (terroir, climat, cépage, millésime) et pour les vins des vignobles « historiques » des traditions souvent pluri-centenaires qui font leur force et leur originalité. La qualité de la viticulture (respect du terroir, de l’environnement, de la plante, du fruit) et la précision de la vinification et de l’élevage du vin sont indispensables si au delà d’une réussite ponctuelle et chanceuse, un producteur vise à la régularité dans l’excellence de sa production, ce qui demeure la meilleure façon de créer un lien commercial durable avec ses clients. Tenir compte de ces facteurs n’ôte rien à l’hédonisme de la dégustation et au plaisir de décrire simplement mais clairement la saveur d’un bon vin.

Si un commentaire plus critique est nécessaire, il faut le comprendre dans une double perspective. D’abord informer en tant qu’expert le public et lui apprendre à mieux déguster lui-même, s’il le désire ou en sent le besoin ; ensuite dialoguer de façon constructive avec le producteur pour l’amélioration de sa qualité. L’erreur étant hélas ! trop humaine il nous arrive régulièrement de nous tromper, trouvant dans un produit plus de qualité qu’il n’en n’a réellement ou des défauts qu’il ne possède pas. Il y va alors de notre honneur de critique de le signaler dès que nous nous en apercevons. Si l’on ajoute que la perception d’un même vin peut varier à différentes étapes de sa vie en bouteille et qu’il faut aussi rendre compte de cette variation si elle atteint un niveau significatif, on comprendra que rien n’est plus contraire au monde réel du vin qu’un commentaire ou pire encore qu’une note chiffrée définitive et immuable ! L’un comme l’autre, que nous continuons pourtant à dispenser, doivent donc être perçus comme des indications, des clés pour appréhender un vin que tout un chacun n’a pas le loisir de déguster aussi souvent que nous…
Le guide Bettane&Desseauve 2009!